Protection des IG pour le poivre de Penja

DO-reportage_penja_white_pepper_crop.jpgLe poivre blanc de Penja. © A. M. Nzouankeu

Le poivre blanc de Penja du Cameroun a ouvert la voie à de nouvelles perspectives en devenant l’une des premières cultures d’Afrique à être protégée par une Indication géographique. Un long processus mais qui vaut maintenant aux agriculteurs une juste récompense.

Dans les plantations Metomo, situées à Penja, au Cameroun, des employés portant couvre-chefs et foulards trient à la main du poivre blanc de Penja. Certains vérifient qu’il n’y a pas de corps étrangers dans le poivre tandis que d’autres le tamisent pour séparer les gros grains des petits. “La production actuelle de poivre blanc de Penja est d’environ 300 à 400 tonnes par an”, explique René Claude Metomo, le président de l’association des producteurs de poivre de Penja qui rassemble plus de 300 acteurs du secteur, dont des pépiniéristes, des producteurs et des distributeurs. “La production va toutefois sûrement augmenter maintenant que le poivre blanc produit à Penja a obtenu une indication géographique (IG) qui lui permet d’être vendu sous l’étiquette ‘Poivre de Penja’”, ajoute M. Metomo. “La production sur nos terres pourrait atteindre environ 2 000 tonnes par an.”

“Le poivre blanc de Penja a été le premier produit à recevoir une IG en Afrique”, explique l’agro-économiste Angeline Ketchajuene. “Cela signifie que ce poivre a reçu une protection liée à une localité spécifique du Cameroun. Le poivre est une épice présente presque partout dans le monde. Mais le poivre de Penja est différent des autres en raison de son goût particulier et de son arôme exceptionnel”, ajoute-t-elle. Pourquoi le poivre de Penja est-il si distinctif ? M. Metomo explique : “À Penja, nous avons un écosystème plutôt particulier. Nous sommes sur des terres volcaniques et basaltiques, ce qui rend les sols très riches. Notre climat est aussi très favorable à la culture du poivrier. Tous ces éléments s’additionnent pour donner au poivre de Penja des qualités qui sont internationalement reconnues.”

DO-reportage_sorting_out_of_penja_white_pepper.jpgTri du poivre blanc de Penja. © A. M. Nzouankeu

Le processus d’obtention de l’IG a pris plusieurs années, de son amorce en 2008 à sa réussite en septembre 2013. Selon Mme Ketchajuene, le plus difficile a été d’organiser tous les acteurs du secteur afin qu’ils élaborent un cahier des charges /code de pratiques qui détaille les responsabilités de chaque partie et les étapes à suivre pour maintenir la qualité du poivre. Mais les producteurs affirment que l’obtention de l’IG a amélioré leur vie, l’aspect le plus visible de cette évolution étant le prix de vente du poivre. “Avant l’IG, les prix fluctuaient autour de 3 000 FCFA (4,50 €) le kilo. Le prix variait selon la capacité des producteurs à négocier. Depuis l’obtention de l’IG, le groupe de producteurs a réussi à stabiliser les prix. Pour la saison qui vient de s’achever, tous les producteurs ont vendu leur poivre à 5 000 FCFA (7,60 €) le kilo”, a indiqué M. Metomo.

La plupart des agriculteurs de l’association cultivent du poivre conventionnel, mais certains produisent du poivre biologique, comme Jean-Pierre Imélé. “Nous n’utilisons que des intrants autorisés dans l’agriculture biologique”, explique-t-il, ajoutant qu’il ne fait appel qu’à des engrais et pesticides organiques fabriqués par l’un des membres de leur groupe. M. Imélé produit du poivre biologique depuis sept ans sur trois hectares et sa production est contrôlée tous les ans par un organisme de certification attestant son statut de producteur biologique. Cela lui permet de vendre son poivre biologique à des magasins spécialisés en France pour au moins 25 000 FCFA (38 €) le kilo. “L’obtention de l’IG a augmenté la renommée de notre poivre”, déclare M. Imélé. “Depuis, les commandes ont augmenté. Nous ne pouvons fournir les quantités qui sont demandées.”

L’enjeu le plus important après l’obtention de l’IG sera de maintenir la qualité et la renommée du poivre, d’autant plus qu’il n’est pas facile à produire, estime M. Metomo. “Après avoir planté un poivrier, vous devez attendre quatre ans pour commencer à récolter vos premières graines. Il faut être patient. Vous devez entretenir votre plantation pendant ces quatre années. Parfois les poivriers ne produisent pas et il faut tout recommencer.” Pour maintenir la grande qualité du poivre de Penja, les producteurs bénéficient du soutien du ministère camerounais de l’Agriculture, qui fait forer deux puits. “Dans la transformation du poivre, la qualité de l’eau utilisée pour le laver est très importante. Il faut le laver avec de l’eau potable”, soutient M. Metomo.

DO-reportage_a_penja_white_pepper_nursery.jpgUne pépinière de poivre blanc de Penja. © A. M. Nzouankeu

Le ministère construit également un centre de conditionnement. “Le centre de conditionnement sera très important pour notre cahier des charges. Seuls les produits respectant les dispositions de ce document pourront être conditionnés avec notre logo, ce qui nous permettra de continuer à maintenir la qualité du poivre”, ajoute M. Metomo. Le poivre de Penja est vendu au Cameroun ainsi qu’en Allemagne, en France et en Suisse.

Anne Mireille Nzouankeu



 
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