Informer pour mieux commercialiser

DO-Napie-cashewSessions de formation sur la chaîne de valeur de l’anacarde pour des petits producteurs à Napié (au-dessus) et des coopératives à Bouaké (en dessous). © RONGEAD

Le service N’Kalô en Côte d’Ivoire fournit des informations à haute valeur ajoutée, analysées et synthétisées selon les besoins et les capacités des acteurs du secteur agricole. Ces informations permettent de mieux commercialiser les produits agricoles et peuvent améliorer les revenus en réduisant les risques commerciaux.

“Je suis au courant”, telle est la signification en langue Dioula de “N'Kalo”, le service d’information sur les marchés agricoles mis en place depuis 2009 par l’ONG Rongead en Côte d’Ivoire. Son objectif est de faciliter l’accès au marché des acteurs de la chaîne de valeur et de renforcer les capacités des organisations de producteurs. “Avant, les petits producteurs et agriculteurs avaient des difficultés à placer leurs productions sur le marché. Souvent, ils vendaient à perte”, souligne Soungari Sekongo, analyste de marché et coordonnateur de N’Kalô Côte d’Ivoire. “N’Kalô crée une transparence et permet de corriger les problèmes liés à l’information sur les marchés agricoles : disponibilité, fiabilité, validité, etc.”, ajoute Soungari Sekongo.

Au départ, le service ne traitait que l’anacarde. Puis petit à petit se sont ajoutés  le karité, le sésame et bientôt la gomme arabique pour les cultures d’exportation, et, en partenariat avec l’Office d’aide à la commercialisation (OCPV), le maïs, l’oignon, l’arachide, le manioc, l’igname, la banane plantain pour les vivriers. Il couvre cinq pays, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Mali, le Sénégal et le Tchad.

DO-Bouake© RONGEAD

Faciliter la prise de décision

“N’Kalô permet de se former, de partager les informations rapidement, et de prendre des décisions”, affirme Sekongo Fougnigué, responsable de coopérative à Bondoukou. L’accès à l’information se fait via des bulletins hebdomadaires diffusés par mail et/ou des SMS. Le service ne se contente pas de donner une information brute mais l’accompagne d’une explication synthétique et analytique sur l’état du marché incluant des conseils pour la prise de décision. Un SMS type comprend deux grands éléments sur le marché, une fourchette de prix bord champs pratiquée dans chaque zone couverte, une tendance de prix et un conseil sur l’opportunité de vendre ou de ne pas vendre. Chaque semaine, l’analyste national collecte l’information auprès d’un réseau d’informateurs, qui sont des commerçants, des coopératives et éventuellement des fonctionnaires. En 2014, quelque 7 000 producteurs étaient abonnés au service SMS sur l’anacarde pour un coût annuel de 0 ,76 €.

“Il est extrêmement difficile de mesurer avec précision l’impact du service car de nombreux facteurs interviennent dans la prise de décision d’un producteur. Toutefois, nous avons des éléments d’appréciation”, affirme Pierre Ricau, analyste de marché chez Rongead. Ainsi pour la campagne d’anacarde en 2012, qui a commencé par une hausse des prix puis s’est terminée par une baisse, 60 % des producteurs qui bénéficiaient du service avaient vendu leur production avant la chute des prix tandis que la proportion n’était que de 30 % pour ceux qui n’avait pas eu de conseils. Par ailleurs, chaque année, N’Kalô même une enquête sur l’impact de ses conseils en comparant le prix moyen pour un producteur qui aurait étalé ses ventes sur toute la campagne en minimisant ses risques au maximum à celui obtenu en suivant les conseils. Il s’avère que ce dernier est toujours supérieur.

Sur un plan plus qualitatif, Pierre Ricau estime que le service permet de faciliter la négociation et de diminuer la méfiance entre producteurs, commerçants, exportateurs et transformateurs. Mieux informés, les producteurs ont un comportement plus rationnel et les phénomènes spéculatifs fondés sur des rumeurs ou des annonces publiques sont évités. Au sein même des coopératives ou des organisations de producteurs, l’information peut permettre de simplifier les relations entre les membres mais aussi d'améliorer les ventes et minimiser les risques. “Par exemple, pour l’anacarde, la vente groupée est l’une des bonnes pratiques conseillées par N’Kalô, car elle permet à chaque petit producteur d’accroître sa marge de 0,01 à 0,04 euro par kilo”, précise Soungari Sekongo.

DO-ivorian-farmerAgricultrice ivoirienne bénéficaire du service d'information diffusée par SMS sur la commercialisation du mais. © RONGEAD

Un service à pérenniser

Pour Silué Souleymane, producteur à Karakoro dans la sous-préfecture de Korhogo, “N’Kalô répond parfaitement à nos besoins. Il nous aide à bien produire et à mieux vendre. Dès lors, la production de l’anacarde devient rentable. Dans la région du Poro (Korhogo), 33 006 tonnes d’anacarde ont été commercialisées en 2014 contre 12 000 tonnes en 2013”. Le service permet, en outre, de mieux connaître sa filière, de comprendre le marché et de recevoir des informations fiables. “Savoir comment gérer les récoltes et être informé de la hausse et de la baisse des prix, c’est une bonne chose”, observe Ardjouma Ouattara, producteur à Ouangolodougou.

Toutefois certaines localités n’ont pas accès à Internet et au réseau téléphonique. “Les moyens de communication ne facilitent pas les échanges permanents avec les populations rurales”, ajoute Serge Kedja, chargé de mission TIC.

Les prochains développements sur lesquels travaille Rongead sont les prévisions de récolte et les prévisions météorologiques. Mais avant tout, il faut aussi pérenniser le système. Deux approches sont privilégiées : une multi-filière, qui permet de mettre en commun les ressources déjà en place pour étoffer les offres et ainsi toucher un plus grand nombre d’agriculteurs ; l’autre multi-pays consiste à étendre la zone de couverture du service, ce qui permettra aussi d’augmenter le nombre d’utilisateurs potentiels.

Patrice Kouakou



 
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